Les égoïstes anti-masques. (Forum)

par Blake, mardi 28 juillet 2020, 13:09 (il y a 13 jours)

La loi s’applique même si l’air est nauséabond


Oui, les citoyens conservent leur droit de manifester actuellement. Même pour une cause irresponsable et égoïste comme l’opposition au port du masque pendant la pandémie de COVID-19.

Mais le droit de manifester ne permet pas de faire n’importe quoi au nom de la liberté d’expression.

Il ne permet pas d’enlacer sans son consentement une journaliste et d’entrer dans sa bulle, comme l’ont fait deux manifestants dimanche à Québec à l’égard de la journaliste de TVA Kariane Bourassa.

Il ne permet pas de lancer de la bière à un journaliste, comme l’a fait un manifestant samedi à Montréal à l’égard du journaliste de TVA Yves Poirier.

Ces deux gestes témoignent d’une tendance inquiétante, durant certaines manifestations, à prendre les médias à partie et à tenter de les empêcher de faire leur travail. Mais c’est plus grave que ça.

En droit criminel, il y a une infraction qui est généralement utilisée pour désigner ce genre de comportements : des voies de fait.

L’article 265 du Code criminel définit notamment des voies de fait comme l’utilisation de la force contre une personne sans son consentement par une agression physique. Les conséquences des voies de fait n’ont pas besoin d’être physiques, elles peuvent être psychologiques.

Il faut savoir nommer les choses par leur nom. Lancer de la bière à un journaliste qu’on invective, représente, en théorie, des voies de fait (parce qu’on lance un objet en direction d’une personne, la jurisprudence est claire sur ce point). Enlacer une journaliste sans son consentement et l’empêcher de faire son travail, ce n’est pas une « très mauvaise joke », comme a tenté de se justifier lundi l’un des deux individus. C’est, en théorie, des voies de fait.

En pratique, on comprend que le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) ne porte pas d’accusation de voies de fait chaque fois qu’un voisin lance le contenu de son verre de bière de trop en direction de son voisin lors d’une querelle de voisinage sans autre conséquence. Ça ne finirait plus et le DPCP dispose (heureusement) d’une marge de manœuvre selon le contexte et l’intérêt social.

Dans le cas des deux manifestants qui ont enlacé la journaliste de TVA, on ne peut pas tolérer qu’on tente ainsi d’intimider une journaliste et de l’empêcher de faire son travail (d’autant plus que la preuve est facile à amasser). Le plus important n’est pas tant la peine elle-même en cas de condamnation (ce serait sans doute une amende inférieure à 5000 $).

C’est le message qui serait envoyé aux manifestants de toutes les causes confondues : au Québec, on ne s’en prend pas physiquement aux journalistes.

Dans le même ordre d’idées, Québec et les autorités policières doivent s’assurer que tous les manifestants, même ceux contre le port du masque, respectent dorénavant les consignes sanitaires adoptées en vertu de la Loi sur la santé publique.

Si une personne ne porte pas de masque (elle n’y est pas obligée à l’extérieur), elle doit garder une distance physique de deux mètres dans la mesure du possible. Quiconque (sans masque) ne respecte pas cette règle des deux mètres dans la mesure du possible est passible d’une amende variant de 400 $ à 6000 $. Le gouvernement Legault doit permettre aux policiers de donner l’amende directement (ce n’est pas le cas actuellement, mais Québec y réfléchit).

Les manifestants ne respectent pas les deux mètres entre eux ? On reconnaît que c’est une situation complexe pour la police.

Les manifestants ne respectent pas les deux mètres avec une personne masquée qui, elle, veut se protéger (comme les deux journalistes de TVA ce week-end) ? Là, ça doit être tolérance zéro. Une amende d’au moins 400 $ par infraction. Ça tombe bien : beaucoup des manifestants qui entrent dans la bulle des journalistes pour les invectiver s’approchent à moins de deux mètres. La possibilité d’une amende d’au moins 400 $ n’améliorera peut-être pas leur civisme, mais ça les aidera au moins à mesurer leurs distances.

La loi s’applique à tous. Même à ceux qui rendent l’air nauséabond par leurs théories du complot et leur absence de civisme.

https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2020-07-28/la-loi-s-applique-meme-si-l-air-es...


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