QAnon banni de Facebook: Un coup dur. (Forum)

par Blake, lundi 12 octobre 2020, 01:11 (il y a 17 jours)

a y est, Facebook a décidé de rayer la conspiration QAnon de ses plateformes.

Mardi, le réseau social annonçait vouloir supprimer toutes les pages et tous les groupes associés au mouvement, qu’il considère maintenant comme un groupe dangereux. Cela le place dans la même catégorie d’organisations balayées de Facebook, comme le groupe armé État islamique ou encore les groupes terroristes suprémacistes blancs comme The Base ou Attomwaffen.

Au Québec, Facebook a annoncé mercredi matin avoir fermé la page de Radio-Québec, cette chaîne conspirationniste au centre du mouvement anti-masque québécois, et celle de son fondateur, Alexis Cossette-Trudel. Radio-Québec a bifurqué dans la désinformation à propos de la COVID-19 depuis l’éclosion de la pandémie, mais avait fait ses débuts en tant que chaîne dédiée à QAnon.

Réagissant à l’annonce de Facebook, mardi après-midi, bien des observateurs ont jugé que c’est bien beau, mais c’est trop peu, trop tard. De nombreux journalistes et chercheurs tirent la sonnette d’alarme sur ce mouvement depuis des années, mais particulièrement depuis quelques mois, puisqu’il a connu une explosion en popularité depuis l’éclosion de la pandémie de COVID-19.

Cet article a initialement été publié dans l'édition du 9 octobre de l'infolettre des Décrypteurs. Pour obtenir des contenus exclusifs comme celui-ci, ainsi que des analyses sur tout ce qui touche la désinformation web, abonnez-vous en cliquant ici.

QAnon a connu un essor pendant la pandémie, alors que le mouvement a infiltré les mouvements de contestation aux mesures sanitaires d’urgence, puis est devenu à son tour une importante courroie de transmission de toutes sortes de conspirations à l’égard de la pandémie.

QAnon, groupe dangereux?
Peut-être vous demandez-vous pourquoi un mouvement conspirationniste peut se retrouver aux côtés d’organisations meurtrières comme l’EI ou The Base.

La croyance de base de QAnon est que le monde est secrètement contrôlé par une cabale pédosatanique et que le président américain Donald Trump mène une guerre secrète contre celle-ci (ce n’est guère une coïncidence si les membres de cette supposée cabale sont tous des opposants politiques de Donald Trump ou des personnes et des organisations, tels les médias et Hollywood, qui sont perçus comme des ennemis du président par ses partisans).

Pour les partisans, la seule véritable source d’information est le dénommé Q, un internaute anonyme qui affirme être un agent du renseignement très proche du président Trump et qui publie sous ce pseudonyme des messages cryptiques que ses disciples cherchent ensuite à déchiffrer. Le tout a lieu, pour le moment, sur le forum 8kun, un des bas-fonds de l’Internet.

QAnon prédit que M. Trump s’apprête à effectuer The Storm (la tempête), une sorte de coup d’État interne aux États-Unis qui verra ses opposants traduits devant des tribunaux militaires, puis envoyés à la prison cubaine de Guantanamo (ou pire). Les partisans de QAnon ailleurs dans le monde, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Australie, en passant par le Japon et – oui – le Canada, souhaitent la même chose chez eux.

Exit, donc, au nom de cette supposée lutte contre des forces sataniques, les droits de la personne, les procès équitables, la liberté d’expression, bref, les fondements mêmes de la démocratie et de l’État de droit.

Il ne faut pas creuser bien loin pour constater que cette idée fondatrice du mouvement est carrément autoritaire et violente, voire inspirée du fascisme.

L'année dernière, le FBI qualifiait QAnon de menace terroriste potentielle aux États-Unis. Plus près de chez nous, pas moins de quatre Québécois partisans de cette théorie complotiste ont été arrêtés cet été après avoir proféré des menaces(Nouvelle fenêtre) contre des politiciens.

La fin de QAnon? Pas si vite
Quel effet aura la décision de Facebook de bannir QAnon de sa plateforme? Est-ce la fin du mouvement? Difficile de prédire l’avenir. Par contre, il est indéniable que Facebook a été un des principaux moteurs de la popularisation de QAnon. D’un coup, une bonne partie de l’infrastructure de communication et de propagation du mouvement s’est envolée. Dans l’immédiat, ça lui fera très mal.

Comme je le mentionnais dans mon dossier explicatif sur QAnon, bien que l’essentiel de cette conspiration soit né sur des forums obscurs, d’abord 4chan, puis 8chan et aujourd’hui 8kun, la plupart de ses partisans ne visitent jamais ces sites. Ils dépendent de communautés établies sur des plateformes grand public comme Facebook ou YouTube pour savoir ce qui se passe dans le monde de QAnon. Même que la vaste majorité des partisans de QAnon, comme la plupart des mortels, seraient complètement abasourdis par la culture hermétique et insondable de ces forums anonymes.

Les groupes et pages Facebook sont donc des lieux de rencontre et d’organisation essentiels dans la communauté QAnon. Que Facebook en supprime une bonne partie au même moment, empêchant du même coup les partisans de se créer des bouées de sauvetage pour sauvegarder une partie de leur auditoire, fera très mal. Pour QAnon, sur Facebook, toute une infrastructure qui s’est graduellement mise en place depuis des années est à rebâtir.

La grande force de Facebook est de réduire la friction sur le web. Plus besoin de copier un lien et d'envoyer un courriel à toute une liste d’amis pour propager un message, on a simplement à cliquer sur le bouton partager. Plus besoin d’aller consulter le site web d’un journal pour rester informé, on n’a qu’à aller consulter sa page Facebook, ou encore attendre que les articles défilent dans son fil d’actualité.

Facebook a habitué un large pan de la population à passer le plus clair de son temps sur Facebook, sans jamais avoir besoin d’en sortir. C’est précisément son modèle d’affaires.

La plupart des partisans de QAnon, tout comme la plupart des internautes, sont paresseux. Lorsque leurs communautés disparaissent du jour au lendemain sur Facebook, ils ne sortiront pas de Facebook pour les retrouver. Les plus motivés le feront, bien sûr, mais cela me surprendrait, par exemple, que les partisans de QAnon se mettent tous à se créer des profils sur d’autres réseaux sociaux moins encadrés (et moins populaires) pour pouvoir reconnecter avec leurs pairs. Certains suprémacistes blancs bannis de Facebook ont tenté de reconstruire le mouvement sur d’autres réseaux sociaux avec un certain succès, mais on est loin de ce qui a jadis été possible sur Facebook, une plateforme qui regroupe désormais un tiers de l’humanité. Le même sort guette sans doute QAnon.

La communauté s'y attendait

Notons par contre que la communauté QAnon savait depuis un bon moment que le couperet allait tomber tôt ou tard. En août, Facebook a banni quelque 900 pages et groupes associés au mouvement. Le fameux Q lui-même, dans un message publié le 17 septembre, exhortait ses disciples à supprimer toute mention du mouvement de leurs réseaux sociaux pour éviter d’être bannis. De nombreuses figures de QAnon, dont Alexis Cossette-Trudel, ont immédiatement obtempéré aux ordres de Q.

Nul doute que le mouvement cherchera à déjouer les règles de Facebook, en créant des groupes et des pages qui ne mentionnent pas ouvertement QAnon, mais qui propagent néanmoins des messages liés à cette conspiration. Déjà, moins de 24 heures après l’annonce de Facebook, des partisans avaient commencé à le faire(Nouvelle fenêtre).

Nous observons depuis un certain moment une sorte de blanchiment de QAnon, alors que des influenceuses sur Instagram ou des jeunes sur TikTok partagent du contenu QAnon sans explicitement le mentionner. Bien des gens adhèrent même sans s’en rendre compte à des théories liées à QAnon.

C’est un peu comme le mouvement néonazi, qui cache son power level (sa véritable nature) en ne mentionnant pas Hitler ou les juifs sur des plateformes publiques, mais qui y fait circuler des mèmes ou des vidéos qui sauront recruter de nouveaux membres vers des plateformes privées et chiffrées, où la vraie discussion a lieu.

L’avenir de QAnon ressemble donc probablement à celui de l’EI ou d’autres groupuscules extrémistes. Coupés des plateformes à grand déploiement, ceux-ci essaient de contourner les règles et de subtilement faire passer leurs messages dans le but d’attirer des proies potentielles vers des cercles plus extrêmes où une véritable radicalisation peut avoir lieu.

C’est une décentralisation atomisée qui, tout en limitant la propagation de ces messages à une large partie de la population, crée des cellules de plus en plus petites, mais de plus en plus extrêmes.

Reste à voir si Facebook maintiendra sa vigilance dans les mois et les années à venir. À surveiller aussi : les YouTube, Twitter et autres TikTok de ce monde, qui n’ont toujours pas décidé d’aller aussi loin que le réseau social de Menlo Park.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1739841/qanon-facebook-banni-conspiration-radio-qu...

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