Trump: Un fasciste, protofasciste et néo-fasciste. (Forum)

par Blake, dimanche 15 novembre 2020, 21:53 (il y a 14 jours)

La dérive fascisante de Donald Trump

Beaucoup d’intellectuels, d’observateurs et d’anciens hauts fonctionnaires américains soulignent depuis quatre ans la menace que Donald Trump représente pour la démocratie américaine et le fait que ses politiques s’inspirent du courant néofasciste. Parmi ceux-ci, Madeleine Albright est la personnalité la plus notable à défendre cette thèse. Or, avec les refus répétés de Trump d’accepter les résultats des élections et ses appels à ses partisans à la violence, cette perception d’un Trump antidémocratique, voire une sorte de néofasciste, gagne en popularité aux États-Unis.

Certains s’opposent à cette vision, affirmant que Donald Trump, par son incompétence, démontre qu’il n’est qu’un clown, un bouffon, un amuseur public. Ces personnes ont la mémoire courte. Ce sont exactement les propos que les observateurs et les élites politiques italiennes et allemandes tenaient à l’égard de Mussolini et d’Hitler dans les années 1920 et 1930.

Ces derniers oublient aussi que la vision du monde de Trump a été forgée en partie par Roy Cohn, l’avocat d’extrême droite de Joseph McCarthy. Ils oublient également que, dans les années 1970 et 1980, Trump avait adopté Mein Kampf comme livre de chevet et qu’il ne cessait de mémoriser les discours d’Hitler. Une telle approche laisse des traces sur la personnalité d’un individu.

En dépit de la pandémie et de la crise économique générée par cette dernière, Trump continue, comme les sondages le démontrent, à bénéficier d’un fort soutien des électeurs blancs. Certains expliquent ce phénomène par le fait qu’il a sans cesse recours à la théorie du complot, qu’il partage avec ses plus fervents partisans. L’appui qu’il obtient à la propagation de ces complots provenant de chaines en télé continue comme OAN et Fox News, ainsi que du groupe QAnon, n’est pas négligeable.

D’ailleurs, des psychologues notent que, chez les hommes, la théorie du complot a un effet presque magique. Elle représente « leur moyen de retrouver un sentiment de pouvoir, de statut et de solidarité ». Le recours à cette théorie ne suffit néanmoins pas à expliquer le maintien de la popularité de Trump. Ce dernier gouverne aussi depuis quatre ans en incitant les hommes blancs à la colère.

Sentant l’insécurité des hommes blancs, il cultive celle-ci et l’utilise constamment comme outil politique. C’est sa façon de s’assurer la fidélité de sa base politique. Toutefois, nous aurions tort de percevoir chez Trump un simple démagogue qui profite de la rancœur de ses partisans. Il offre aussi à ceux-ci une vision cohérente du monde. Cette vision apporte à ses partisans une réponse à leur anxiété fondamentale.

Dans un long article rédigé pour la célèbre encyclopédie Britannica, Robert Soucy, grand historien américain et spécialiste du fascisme, établit les caractéristiques propres aux mouvements fascistes. Tout en notant le caractère idéologique à la fois radical et conservateur des mouvements fascistes comme une réaction viscérale aux idéaux des Lumières, Soucy constate que le fascisme a une dimension profondément irrationnelle qui permet aux différents leaders de miser sur la colère et la frustration d’une population donnée.

Dans son article, Soucy analyse les mouvements fascistes selon 25 grandes caractéristiques qui vont d’un rejet du marxisme à une opposition à la démocratie parlementaire en passant par un soutien à un nationalisme extrême, à des idéologies racistes et au recours à la violence et à la mobilisation de masse, en plus d’endosser une vision misogyne de la société et de s’identifier au christianisme. Par ailleurs, le fascisme repose sur un culte de la personnalité, diabolise toute opposition et cible un ou des groupes comme bouc émissaire.

Historiquement, le fascisme n’est pas une menace nouvelle aux États-Unis. Elle est latente et permanente. À chaque génération, on y retrouve des dirigeants affichant des sympathies profascistes. La société américaine est marquée par une longue histoire de mouvements pro ou protofascistes, dont le terrorisme exercé par le Ku Klux Klan, la peur rouge de 1919-1920, le mouvement du America First entre les deux guerres, le maccartisme de 1946-1954, les lois de Jim Crow, etc.

Or, en partant de l’analyse du professeur Soucy, la rhétorique de Trump apparaît pour le moins alarmante. Intimidateur né, Trump n’hésite pas à recourir à des tactiques similaires à celles des régimes fascistes, tels que séparer les enfants migrants de leurs parents et les mettre en centres de détention.

Par ailleurs, l’histoire montre que les populations peu familiarisées avec les tactiques fascistes peuvent s’y habituer rapidement. En recourant à l’idéologie fasciste, un dirigeant lance un processus de normalisation des pratiques d’intimidation dans une société donnée. Comme des mouvements de résistance antifascistes apparaissent, les élites conservatrices ont tendance à se ranger derrière ce leader.

Clairement, la façon dont Trump attise ses partisans et cherche à semer le chaos est très semblable aux tactiques des fascistes d’il y a un siècle. Trump est un démagogue populiste qui est passé maître dans l’art de déchaîner les foules et d’amener ses partisans nationalistes blancs â afficher fièrement leurs vues racistes.

Dans ce contexte, beaucoup d’observateurs et d’analystes n’hésitent pas à taxer Trump de fasciste, de quasi-fasciste, de protofasciste et de néo-fasciste. De fait, le comportement et les attitudes de Donald Trump ressemblent étrangement à ceux des dirigeants fascistes historiques.

En ce sens, son refus de dénoncer les groupes de suprématie blanche est significatif. Ses attaques contre la légitimité de la presse, ses appels au racisme, ses incitations à la violence, ses appels au soutien des Proud Boys à la manière des chemises brunes nazies, et son agressivité envers les institutions gouvernementales représentent clairement des réminiscences du fascisme européen des années 1930.

Décidément, la dérive fascisante de Trump est un fait incontestable qui met en péril la démocratie américaine. La majorité des Américains a raison de s’indigner de sa rhétorique démagogique et de s’insurger contre le mépris qu’il a pour les valeurs démocratiques et son dédain de l’État de droit. Un cauchemar américain ne fait que commencer.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

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