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Mais comment peut-on croire une chose pareille ? (mathilda ( public ))

par mathilda, vendredi 10 novembre 2017, 15:20 (il y a 161 jours)

L'humanité a été créée par des extraterrestres ! Cette théorie, dite des anciens astronautes, a connu un grand succès éditorial dans les années 1960-1970, et perdure de nos jours. Sociologues et anthropologues se penchent sur ce phénomène.

Un Français du nom de Claude Vorilhon, journaliste sportif de son état, prétend avoir rencontré le 13 décembre 1973, en se promenant sur un volcan auvergnat, un extraterrestre qui l'aurait convié à une excursion en soucoupe volante (1). Et son interlocuteur de lui confier le secret de l'humanité : notre espèce aurait été créée en laboratoire et exportée sur Terre voici 25 000 ans. A en croire C. Vorilhon, plus connu sous son pseudonyme Raël, la Bible ne ferait que récapituler ce récit de nos origines de façon allégorique. Le visionnaire quitta le véhicule interstellaire chargé d'une double mission : diffuser les messages des elohim (terme biblique pluriel signifiant Dieu, littéralement, selon lui, « ceux qui sont venus du ciel ») et réunir des fonds pour bâtir, si possible à proximité de Jérusalem, une ambassade destinée à les accueillir d'ici à 2035.

On sait le chemin parcouru depuis par le « prophète des extraterrestres ». Celui qui se dit « demi-frère de Jésus » - car issu de même de l'union « d'une mère terrienne et d'un extraterrestre » - revendique aujourd'hui 55 000 fidèles dans son « Eglise » (en France, on parle plutôt de secte) fondée au Québec en 1994. Raël a défrayé la chronique en décembre 2002, en prétendant avoir fait réaliser par son équipe le premier clonage humain de l'histoire. Son credo repose sur l'expression d'une totale liberté en matière de pensée et de sexe, doublée d'une foi inconditionnelle en la science.

On pourrait ne voir dans les récits de ce gourou que la simple expression d'une mégalomanie délirante. Ce serait une erreur. Comme le souligne l'ethnologue Wiktor Stoczkowski (2), Raël est l'héritier d'une tradition qui connut son heure de gloire dans les années 1960-1970. Il est un des derniers représentants médiatiquement actifs de la théorie dite des « anciens astronautes ». Ce terme englobe un ensemble de doctrines, issues de plusieurs dizaines d'ouvrages publiés depuis le début des années 60, qui ont pour point commun de postuler que des extraterrestres ont créé artificiellement l'humanité.

Des anges aux extraterrestres

Selon W. Stoczkowski, l'idée de puissances, à la fois non divines et non humaines, créatrices de l'humanité, remonte aux premiers temps du christianisme. Le gnosticisme regroupait ainsi un ensemble de courants religieux spéculatifs. Il se situait en marge de la religion chrétienne, qui n'eut de cesse de le combattre en tant qu'hérésie. Le gnosticisme postulait que le Dieu de la Bible ne serait pas le créateur de notre monde, mais simplement l'orgueilleux et faillible envoyé de la Puissance originelle, et que des vérités cachées, accessibles aux seuls initiés, sous-tendaient la véritable structure d'un univers envisagé comme peuplé d'entités diverses : anges, démons, esprits...

Ce terreau de croyances occultes, qui aurait perduré jusqu'à nos jours en adoptant des formes très variées, a ensuite été ensemencé au xixe siècle, par exemple en 1877 et 1888, quand la médium russe Helena P. Blavatsky rédigea Isis dévoilée puis La Doctrine secrète. Dans ces deux ouvrages, elle se basait sur des révélations spirites pour décrire un monde créé par les anges, à l'histoire jusque-là inconnue. Histoire que l'auteur inspirée était en mesure de dévoiler : ses talents lui permettaient d'accéder aux « archives âkâshiques », une bibliothèque éthérée renfermant tous les savoirs accumulés par l'humanité depuis l'aube des temps. Sa doctrine fut reprise par nombre de penseurs, souvent des dissidents de la Société théosophique-. Le pédagogue Rudolf Steiner, le mystique Georges I. Gurdjieff, maître spirituel de Louis Pauwels, furent du nombre.

A partir de 1960, substituer extraterrestres à anges permettait de surfer sur la crête d'une cosmique vague de fond conceptuelle, de remettre au goût du jour toute une subculture, lue, assimilée, dénoncée tantôt, vénérée parfois, transformée, enrichie, adaptée un siècle durant par des millions de lecteurs enthousiastes sur toute la planète.

Le sociologue Jean-Bruno Renard a élaboré une brève taxinomie des croyants aux extraterrestres (3). D'études statistiques, il tire les enseignements suivants : « Plus les gens sont instruits, plus ils croient aux extraterrestres » ; « la croyance aux extraterrestres est inversement proportionnelle à la pratique religieuse ». Il en conclut que cette croyance représente « un syncrétisme scientifico-religieux, une religion matérialiste, dont les divinités sont des extraterrestres. [...] La croyance aux extraterrestres est [...] la réponse matérialiste à cette angoisse matérialiste et athée devant le silence et la solitude. Elle vient l'apaiser en peuplant le ciel vidé de Dieu et de ses anges avec de nouvelles divinités. "Nous ne sommes pas seuls", pouvait-on lire sur l'affiche du film Rencontre du troisième type. » Selon lui, les descriptions d'extraterrestres issues des groupes de croyants voient revenir des qualificatifs révélateurs : ils nous sont « supérieurs » sur tous les plans - physique, mental, spirituel, scientifique... ; ils ont toutes les caractéristiques des divinités célestes, étant à la fois transcendants (ils nous ont créés), omniscients (leur télépathie est fréquemment mentionnée), parfaits (ils sont très beaux, jouissent de pouvoirs mentaux, maîtrisent une science avancée...), éventuellement rédempteurs (certaines thèses leur attribuent l'intention d'apporter le salut à l'humanité). « Comme Dieu, ils se manifestent rarement, laissent des signes et restent cachés. »

La théorie des anciens astronautes, après avoir atteint le pic de sa vague éditoriale en 1974, semble persister dans les cultures occidentales modernes. Des sondages, réalisés en 1986, 1993 et 1997, estiment à environ 20 % la proportion de Français qui « croient » au passage sur Terre d'extraterrestres (sans distinction de temporalité : les questions ne séparent pas les temps préhistoriques de la période contemporaine, qui a vu émerger le concept de soucoupes volantes depuis 1947, date des premières observations). Il est intéressant de noter que l'étude de 1997, la seule à opérer une tentative de distinguo entre fidèles et sympathisants, a relevé, à la question « pensez-vous que le phénomène de la visite sur Terre d'extraterrestres existe ? », 7 % de réponses « certainement », 18 % de « probablement », 25 % de « probablement pas », 49 % de « certainement pas » (et 1 % de « ne sais pas »). Des sondages similaires, effectués aux Etats-Unis à la même période, trouvent des taux d'adhésion sensiblement plus élevés (près du tiers de la population semble accorder quelque crédit à la théorie des anciens astronautes). Aucune étude ne permet en revanche de déterminer qui adhère précisément à cette théorie. Les rares sociologues à avoir travaillé ce sujet infèrent juste que ses tenants se recruteraient majoritairement dans des milieux cultivés, formant une subculture qu'ils qualifient paradoxalement de « populaire ».

Le plus connu des épigones de la théorie des anciens astronautes reste Erich von Däniken, un gérant d'hôtel suisse qui publia en Allemagne, en 1968, un livre intitulé Souvenirs du futur (4), dans lequel il défendait la thèse selon laquelle des extraterrestres seraient venus à plusieurs reprises sur notre planète afin de provoquer, à grand renfort de mutations génétiques, l'émergence d'une humanité consciente. Toutes les mythologies du monde, pour peu qu'on sache les déchiffrer, fourniraient les clés de cette vérité occultée. Et une escouade de vestiges archéologiques - certains inventés de toutes pièces par des auteurs antérieurs et mentionnés sans vérification ni attribution de la source - corroboreraient cette théorie. Pour les monuments dont l'existence est attestée, leur signification aurait été systématiquement faussée par l'archéologie officielle. Les gigantesques dessins tracés au sol par les Amérindiens de Nazca deviennent alors des pistes d'atterrissage pour vaisseaux spatiaux ; un motif anthropomorphe esquissé dans la préhistoire sur les murs d'une caverne du Sahara dissimule un scaphandrier d'outre-espace ; les pyramides égyptiennes - ouvrages bien trop ambitieux pour des humains perdus dans l'âge de bronze - sont des bâtiments construits par ces créatures ; quant au récit biblique de la vision d'Ezéchiel, qui narre l'apparition de quatre anges, il ne fait que décrire maladroitement une rencontre avec des entités extraterrestres.

E. von Däniken vendit par la suite, toutes éditions, réactualisations et traductions confondues, plusieurs dizaines de millions d'ouvrages ! Le succès de sa théorie, la « dänikenite » pour reprendre l'expression de W. Stoczkowski, n'était que le symptôme le plus visible de ce que les rationalistes ont coutume d'appeler une véritable épidémie de la pensée. Car l'hôtelier suisse n'était pas, loin s'en faut, le seul représentant de cette théorie. Avant lui, les Français Robert Charroux, Jacques Bergier et L. Pauwels (5) s'en étaient faits avec un relatif succès éditorial les porte-parole. Vu la similitude des arguments avancés de part et d'autre du Rhin, on peut soupçonner sinon le plagiat, au moins le partage d'idées à une très large échelle.

Dresser le récit de l'intégralité des « preuves » accumulées par E. von Däniken, ses prédécesseurs et leurs nombreux émules remplirait une encyclopédie, de même que réunir l'ensemble des contre-attaques rédigées par une foule de scientifiques et de rationalistes allergiques à cette théorie (6). Certes, les historiens ont quelques idées sur la façon dont les Egyptiens sont venus tout seuls à bout de leurs titanesques pyramides ; les archéologues estiment que les Nazcaens étaient à même, par arpentage, de tracer de colossales figures au sol sans recours à l'observation aérienne ; les anthropologues et préhistoriens multiplient les hypothèses relatives aux motifs des grottes ornées ; et les spécialistes des religions ne sont pas à cours de théories susceptibles de nous éclairer quant au sens des textes bibliques sans recourir à l'intervention forcée de martiens. Mais les critiques ne servent à rien. La théorie des anciens astronautes, même si elle se donne des apparences de démonstration scientifique, se révèle invulnérable au travail de sape de la raison.

« Ce que croient les gens est généralement organisé à l'intérieur de systèmes de croyances élaborés. [...] Chaque personne a une structure de connaissance constituée de nombreux éléments d'information et de croyance qui sont interdépendants, et les gens sont organisés en systèmes sociaux dans lesquels chaque personne prête appui à la croyance des autres à l'intérieur du système. Une croyance isolée est une croyance inconsistante... », écrivait en 1968 le sociologue Robert Hall, appelé par le gouvernement états-unien à participer à une commission d'enquête sur les ovnis (7). De même, W. Stoczkowski défend que la théorie des anciens astronautes s'inscrit dans une vision cohérente du monde, partagée par une fraction conséquente de la population. Il récuse l'interprétation canonique des sciences humaines, qui ne voient dans la prospérité de ce genre de dogme que le signe d'une perte d'influence des religions officielles (les sociologues rangent souvent les groupes dits « soucoupistes » dans la catégorie des nouveaux mouvements religieux). Il s'oppose aussi à l'interprétation rationaliste, qui postule que notre civilisation serait basée sur la science et ne pourrait véhiculer durablement que des idées expérimentalement fondées et démontrables, reléguant toute croyance autre (comme la théorie des anciens astronautes) dans une sous-catégorie étiquetée « crise périodique de la rationalité scientifique ». W. Stoczkowski pose en préambule de son ouvrage (8) « deux questions de bon sens [...] : comment un homme peut-il arriver à penser ainsi ? A quoi tient le succès d'une théorie que cette pensée a engendrée ? »

Les racines de la croyance

Pour décrire la théorie des anciens astronautes, W. Stoczkowski adopte l'image de la pyramide inversée : pour lui, la dänikenite se présente comme un édifice reposant sur sa pointe (l'axiome selon lequel les extraterrestres sont à l'origine de l'humanité), articulé autour d'une logique architecturale (s'ils sont passés, il en reste des traces), et étalant à son sommet une large surface de preuves visibles (tout vestige archéologique colossal, si possible situé dans des pays très lointains, et présumé alors d'une inconcevable antiquité). S'attaquer à l'interprétation desdites preuves ne permet en aucun cas d'abattre la structure : on ne détruit pas un bâtiment en sapant son sommet. Ses fondations resteront intactes même si on démontre qu'il est possible d'élever un de ces monuments avec des outils maîtrisés par leurs concepteurs historiquement présumés. Les archéologues pourraient bien bâtir une pyramide en utilisant des moyens mathématiques, humains et techniques connus du temps des pharaons, ils ne s'attaqueraient pas aux racines de la croyance. Celles-ci se nouent en une certitude inébranlable, elles sont le patrimoine d'une communauté de pensée, celle de millions de lecteurs considérant comme possible et même probable ce qu'ils peuvent lire dans des centaines d'ouvrages largement diffusés.

J. Bergier et L. Pauwels en avaient d'ailleurs conscience : « On s'apercevra sans doute [à l'avenir] que beaucoup de nos propos étaient délirants [...]. C'est une éventualité que nous acceptons de bon coeur. "Il y avait quantité de sottises dans le bouquin de Pauwels et Bergier." Voilà ce qu'on dira. Mais si c'est ce bouquin qui a donné envie d'aller voir de plus près, nous aurons atteint notre but (9) . » Quant à E. von Däniken et consorts, ils ne se sont pas privés de réviser leurs hypothèses, de discuter de la véracité des preuves, de contester leurs méthodes respectives (ce qui incidemment confère à certains de leurs débats d'indéniables aspects scientifiques)... sans jamais remettre en cause le postulat fondamental des démiurges des étoiles.

Bien avant E. von Däniken, les auteurs de science-fiction (SF) avaient décrit des extraterrestres créateurs de l'humanité. Littérature fantastique et occultisme se sont souvent emprunté des thématiques. On connaît ainsi des romanciers qui basculèrent vers le récit ésotérique : R. Charroux avait publié plusieurs fictions avant de s'attaquer à son Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans ; Lafayette R. Hubbard, fondateur de l'Eglise de scientologie, secte qui postule que nos ancêtres ont été déportés depuis l'espace au fil d'un scénario proche de celui de la théorie des anciens astronautes, était auteur de SF... Peut-on pour autant en déduire que SF et occultisme se valent dans l'esprit de leurs lecteurs respectifs ? A priori non. Si la première s'affirme comme fiction, le second ne se présente-t-il pas comme dépeignant une réalité ?

Des représentations mentales cohérentes

A cet égard, W. Stoczkowski discerne deux types de rationalités : la première est « performante », elle prétend ne valider que les vérités authentifiées par une démarche scientifique pure et dure. C'est à son aune que les rationalistes estiment que des théories comme celle des anciens astronautes devaient être évaluées. La seconde rationalité est « circonscrite », c'est celle du sens commun, que nous mettons en oeuvre dans la vie quotidienne. Ainsi, si vous vous brûlez la main en la plongeant dans le feu, vous allez en déduire que cet acte est néfaste et vous abstenir de le reproduire. Si vous étiez partisan de la rationalité performante, votre raison vous intimerait l'ordre de réitérer l'expérience en en variant les modalités avant d'en inférer quelque conclusion que ce soit. Vous exposeriez derechef votre oreille, puis votre pied à la flamme, pour pouvoir affirmer ce que la rationalité circonscrite vous aura déjà enseigné : le feu fait mal. On peut même pousser le raisonnement plus loin. En fait, si vous savez (ou croyez savoir, qui sait ?) que le feu brûle, ce n'est peut-être pas que vous l'ayez directement expérimenté. Mais plutôt parce que vos parents vous l'ont inculqué. Vous êtes ainsi l'héritier d'un savoir socialement élaboré et partagé.

C'est sur la base de la rationalité circonscrite que s'articule notre société. La rationalité performante, quant à elle, ne peut oeuvrer idéalement que dans les laboratoires. Aux yeux de la rationalité circonscrite, rien ne dément la possibilité que des extraterrestres aient pu être à l'origine de notre espèce. Si l'emprunt d'éléments issus de la SF a pu nourrir la théorie des anciens astronautes, n'est-ce pas simplement que notre patrimoine culturel fait feu de tout bois, par le biais peut-être d'individus qui basculent d'un sous-ensemble conceptuel à un autre, par exemple de l'univers SF à la littérature occulte ? Et si des théories étrangères à la science, comme celle des anciens astronautes, peuvent croître soudainement, puis s'essouffler sans pour autant disparaître, ce n'est pas simplement parce qu'elles répondent à des besoins, en se substituant aux religions officielles, en proposant une vision globale de nos origines, de notre histoire, de notre place dans l'univers et de notre destin. Si elles peuvent faire tout cela, c'est surtout parce qu'elles s'intègrent à des cadres de représentations mentales cohérentes.

Alors, Raël, messie ou menteur ? Une leçon à tirer de l'étude de la théorie des anciens astronautes serait peut-être que vouloir combattre une pensée au motif qu'elle prend appui sur des présupposés inverses à ceux de la science moderne est voué à l'échec. Une croyance perdure tant qu'elle est partagée.


Nazca

À Nazca se trouvent de grands dessins dont les motifs ne sont discernables que par vue aérienne. Les défenseurs de la théorie des anciens astronautes y voient des pistes d'atterrissage préhistoriques pour vaisseaux spatiaux.

Le site de Nazca, au Pérou, était connu depuis la conquête espagnole pour ses tracés laissés par une civilisation amérindienne entre les Ve et Xe siècles de notre ère. Il fallut attendre les vues aériennes pour y déceler des figures, invisibles depuis le sol. Les archéologues s'interrogent sur le sens de ces monuments, qui semblent selon eux davantage liés à des rites funéraires, comme en attesterait la présence de momies, qu'à la visite de « dieux » extraterrestres.

Société théosophique


Ce mouvement syncrétique, fondé en 1875 à New York par la médium russe Helena P. Blavatski (1831-1891), soutient que chaque religion n'est que l'écho déformé d'une révélation initiale du divin faite à des initiés dans des temps immémoriaux. Empruntant les éléments constitutifs de sa doctrine à de multiples sources (christianisme, manichéisme, kabbale, bouddhisme, hindouisme, spiritisme...), il promeut depuis un siècle des concepts globaux (la fraternité universelle, l'existence de forces cachées dans notre esprit...), des recherches (occultisme, philosophie...), et a influencé nombre de mouvements contemporains, du New Age à certaines formes de franc-maçonnerie.


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