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Guy Turcotte a changé la donne (Forum)
Source : Verdict de non-responsabilité criminelle: Guy Turcotte a changé la donne
CLAUDIA BERTHIAUME
Samedi, 13 août 2022 07:52
MISE À JOUR Samedi, 13 août 2022 07:52
Depuis la «commotion collective» causée par le premier procès pour meurtres de l’ex-cardiologue Guy Turcotte, un seul jury a envoyé un tueur à l’hôpital psychiatrique plutôt qu’au pénitencier.
Les intervenants interviewés pour cette enquête sont unanimes: il s’agit d’un tournant dans l’opinion publique quant au verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux (NCRTM).
Le médecin des Laurentides a été reconnu NCRTM en juillet 2011 des meurtres de ses enfants de trois et cinq ans. Il avait bu du lave-glace après le crime, pour tenter de se suicider.
«Ce n’est pas du tout représentatif de nos patients ni des dossiers d’homicides qu’on a [à l’Institut Philippe-Pinel]. C’est malheureux, parce qu’on en a beaucoup parlé, mais les gens qu’on soigne n’ont pas du tout ce profil-là», note la criminologue Sandrine Martin.
Confiance ébranlée
Pourtant, ce cas a frappé l’imaginaire collectif au point d’ébranler la confiance du public en la justice et de durcir la loi pour y ajouter l’étiquette d’accusé à haut risque, en 2014.
«Il y a tout le problème de la crédibilité du processus judiciaire. [...] On a l’impression que c’est comme une arnaque. Si tu as une bonne défense, tu vas avoir un bonbon, au final, et dans son cas, c’est un peu vrai», dit la professeure de droit Emmanuelle Bernheim.
La Cour d’appel a toutefois ordonné la tenue d’un nouveau procès, à l’issue duquel Turcotte a été condamné à la prison à vie sans libération avant 17 ans.
Plus jamais
«Ça a été une commotion collective après le premier verdict, les gens étaient traumatisés. [...] C’est comme s’ils s’étaient dit: plus jamais [on ne va laisser passer ça]», explique la criminaliste Véronique Robert.
Un seul tueur a été reconnu NCRTM par un jury depuis, selon nos recherches. Et les circonstances étaient particulières: il était hospitalisé dans l’aile psychiatrique lorsqu’il a étranglé deux autres patients.
Ce verdict a par ailleurs été rejeté dans plusieurs autres dossiers médiatisés comme Luka Rocco Magnotta, Richard Henry Bain et, plus récemment à Québec, Carl Girouard.
Certes, des dizaines de meurtriers ont été déclarés NCRTM depuis l’affaire Turcotte, mais toujours à l’issue d’un accord entre la Couronne et la défense.
Assiste-t-on à un durcissement des mentalités? «Peut-être, ça ne m’étonnerait pas», répond la professeure de psychologie Suzanne Léveillée.
Je me souviens que le verdict, à l'époque, avait fait beaucoup jaser à la communauté jérômienne. Ça n'avait pas de bon sens qu'un riche médecin puisse s'en tirer avec un verdict de non-responsabilité des meurtres de ses enfants.
Il a finalement été rendu coupable de ses chefs d'accusation après le deuxième procès. Disons que ça criait fort dans les brancards.
Il est évident que depuis ce procès, la justice est beaucoup plus prudente avec ce genre de meurtre crapuleux et que la jurisprudence soit bien au fait que ce genre de verdict ne se produise plus dorénavant.
Dédé