Violence dans les écoles: des directions protègent leur imag (Forum)
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Violence dans les écoles: des directions protègent leur image plutôt que les enseignants, malgré la «tolérance zéro»
Des centrales dénoncent le fait que les centres scolaires et les directions veulent parfois protéger leur image à tout prix
Violence dans les écoles: des directions protègent leur image plutôt que les enseignants, malgré la «tolérance zéro»
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI
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FRÉDÉRIQUE GIGUÈRE
Samedi, 23 septembre 2023 00:00
MISE À JOUR Samedi, 23 septembre 2023 00:00
Bien qu’on affirme souvent appliquer la « tolérance zéro » en termes de violence dans les écoles, la réalité sur le terrain est parfois tout autre, alors que certaines directions s’enquièrent davantage de leur image que de la sécurité des enseignants, estiment des syndicats.
« On a des enseignants qui veulent dénoncer et qui sont parfois bloqués par les commissions scolaires ou les écoles, explique Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). On demande au personnel s’ils sont sûrs de vouloir faire une déposition, que ça aurait tel ou tel impact sur le jeune. On a vu des directions qui tentaient de couvrir des événements, carrément. »
Ne pas faire de vagues
Même son de cloche pour l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, qui a été mise au fait de cas où les directions prenaient des décisions afin de ne pas ternir leur image.
« On en voit de moins en moins, heureusement, mais on a vu des situations où on persiste et signe afin de garder des élèves qui ont des comportements violents dans une classe ordinaire pour pas faire de vagues »
– Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l'Alliance des professeures et professeurs de Montréal
PHOTO BEN PELOSSE
Selon Éric Gingras, si la tolérance zéro envers toute forme de violence était appliquée dans l’ensemble de la société, ce serait nettement plus facile pour les écoles d’emboîter le pas. Selon lui, les chiffres qui font état d’une augmentation des agressions ne sont pas étonnants.
« L’école, c’est une microsociété, dit-il. On remarque une hausse de la violence dans la société en général, alors ça va de soi qu’on voit ça à l’école aussi. Si on disait tous ensemble “ça suffit, on ne tolère plus ça”, autant les citoyens, les parents, les écoles, tout le monde, on arrêterait d’avoir peur d’appliquer les politiques en place. »
Contactés par Le Journal, les principaux centres de services scolaires de Montréal n'ont pas donné suite à nos demandes d'entrevue.
D’AUTRES CAS PRÉOCCUPANTS DE VIOLENCE À L’ÉCOLE
Menaces de mort parce qu’il est mis dehors de sa classe
Un adolescent de 13 ans a subi un procès l’hiver dernier pour avoir menacé son enseignante de mort. Les faits se sont déroulés dans une ressource scolaire affiliée à son école secondaire. Il s’agit d’un endroit où des élèves présentant certaines difficultés peuvent se rendre afin de terminer leurs travaux scolaires et obtenir du répit. Des enseignants et des techniciens en éducation spécialisée sont également à leur disposition au besoin.
Conscients que leur fils présentait des problèmes de comportement, les parents de l’accusé ont demandé à rencontrer le personnel avant de l’envoyer à cette ressource. On souhaitait notamment les mettre en garde du langage ordurier et insultant employé parfois par l’adolescent.
« Les parents soutiennent que le personnel [...] les a assurés que l’adolescent pouvait aller les voir pour se défouler et que ce qu’il leur dirait demeurerait confidentiel et que l’adolescent ne se “mettrait pas dans le trouble” », peut-on lire dans un jugement.
Écoutez l'entrevue avec André Gélinas, sergent-détective retraité du SPVM, qui parle de violence dans les écoles avec Richard Martineau via QUB radio :
Mais en mars dernier, le jeune a été mis dehors de sa classe par son enseignante et envoyé à cette ressource intermédiaire afin de terminer sa journée. C’est en arrivant sur place qu’il a tenu des propos menaçants et inquiétants envers l’enseignante qui venait de le renvoyer de sa classe.
Peu de temps après le début du procès, la défense a déposé une demande pour exclure de la preuve le témoignage de l’employée qui a entendu les menaces. Selon la famille, cette déclaration était confidentielle si l’on se fie à ce qui avait été dit lors d’une rencontre en début d’année.
La requête a toutefois été refusée, sous prétexte que la déclaration menaçante a été faite dans le couloir et que d’autres personnes l’ont entendue.
Il lance une table sur sa prof
Un adolescent de 15 ans frustré qu’on lui ait confisqué son téléphone cellulaire lors d’un cours d’éducation physique a été accusé de voies de fait après avoir agressé son enseignante. Les faits se sont produits en avril 2022, alors que l’adolescent se montrait agressif envers les objets lors de la période dans le gymnase, peut-on lire dans un jugement. Ce dernier a quelques diagnostics, notamment un TDAH et un syndrome de Gilles de la Tourette, et fait partie d’une classe adaptée. Comme il refusait d’obtempérer, l’enseignante d’éducation physique a dû le renvoyer de la classe et lui confisquer son téléphone cellulaire.
Le garçon s’est alors complètement désorganisé et s’est mis à injurier et harceler la femme pour qu’elle lui redonne son téléphone. Devant son refus, il a empoigné une table par les pattes et l’a propulsée en sa direction. Il a par la suite fait tournoyer son chronomètre tout près de son visage en lui disant qu’il allait le conserver afin qu’ils soient « quittes ». Finalement, il a lancé une roche sur la porte en quittant les lieux. L’ado a été reconnu coupable devant la Chambre de la jeunesse.
Agressions graves
https://www.journaldemontreal.com/2023/09/23/la-violence-explose-dans-les-ecoles?
Deux fois plus d’agressions à Montréal depuis 10 ans: la violence explose dans les écoles
Deux fois plus d’agressions à Montréal depuis 10 ans: la violence explose dans les écoles
PHOTOMONTAGE JOURNAL DE MONTRÉAL
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FRÉDÉRIQUE GIGUÈRE
Samedi, 23 septembre 2023 00:00
MISE À JOUR Samedi, 23 septembre 2023 08:37
Au moment où le système scolaire semble craquer de partout, les agressions dans les écoles primaires et secondaires du Québec explosent, particulièrement à Montréal, où on note presque deux fois plus de gestes violents qu’il y a dix ans.
« Ce sont des chiffres préoccupants, c’est certain », lance Jean-Marc Schanzenbach, commandant à la section des stratégies en prévention et sécurité urbaine au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Deux fois plus d’agressions à Montréal depuis 10 ans: la violence explose dans les écoles
Jannai Dopwell-Bailey a été poignardé à mort le 18 octobre 2021 devant l’école Coronation, à l’intersection des avenues Victoria et Van Horne, dans Côte-des-Neiges, sur le terrain de son école à la fin des classes. Un important déploiement policier avait été mis en branle. PHOTO AGENCE QMI, THIERRY LAFORCE
Selon des statistiques obtenues par Le Journal, les établissements scolaires de la métropole ont connu une hausse fulgurante des agressions violentes depuis 2013.
VIOLENCE DANS LES ÉCOLES À MONTRÉAL
Voies de fait armées et/ou graves commises par des personnes mineures et ayant eu lieu dans un établissement d’enseignement primaire ou secondaire
SOURCE : SERVICE DE POLICE DE LA VILLE DE MONTRÉAL (SPVM)
*1ER JANVIER AU 22 AOÛT 2023
En effet, si l’on recensait 46 incidents il y a dix ans, on en dénombre déjà 80 en 2023. Et ce nombre est assurément appelé à augmenter puisqu’il couvre uniquement la période de janvier à août et que l’année scolaire débute à peine.
Cette hausse de violence est vécue dans l’ensemble des écoles du Québec, notamment sur le territoire de la Sûreté du Québec, où l’on note une augmentation de 24 % des situations de violence entre 2019 et 2022, selon les dernières données disponibles auprès du corps policier provincial.
VIOLENCE DANS LES ÉCOLES AU QUÉBEC
Cas de violence répertoriés dans les écoles du territoire couvert par la Sûreté du Québec
SOURCE : SÛRETÉ DU QUÉBEC (SQ)
La multiplication des incidents graves dans les écoles ne touche pas que les grands centres, montrent les statistiques de la SQ ; elle est également palpable à Beaupré, à Rimouski, à Saint-Georges, à Gaspé, à Lavaltrie, à Alma, à Amos et à Berthierville, par exemple.
La situation a par ailleurs doublé entre 2018 et 2022 à Gatineau et à Laval. On remarque aussi une hausse à Longueuil, selon les données obtenues.
VIOLENCE DANS LES ÉCOLES À GATINEAU
Cas de violence répertoriés dans les écoles de Gatineau
SOURCE : POLICE DE GATINEAU
*INCLUS LES ÉCOLES PRIMAIRES ET SECONDAIRES AINSI QUE LES CÉGEPS ET UNIVERSITÉS
VIOLENCE DANS LES ÉCOLES À LAVAL
Cas de violence* répertoriés dans les écoles de Gatineau
SOURCE : POLICE DE LAVAL
*SEULES LES STATISTIQUES SUR LES AGRESSIONS ARMÉES ONT ÉTÉ RENDUES DISPONIBLES PAR LA POLICE DE LAVAL
** EN DATE DU 13 SEPTEMBRE
VIOLENCE DANS LES ÉCOLES À LONGUEUIL
Cas de violence répertoriés dans les écoles de Longueuil
SOURCE : POLICE DE LONGUEUIL
**JUSQU’À LA FIN AOÛT
« Les écoles, ce sont des microsociétés, explique Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal. Alors quand on remarque une hausse de la violence dans la société en général, comme c’est le cas actuellement, c’est normal que ça se répercute à l’école. »
Tolérance zéro
Mais attention, explique le commandant Schanzenbach, une partie de cette recrudescence s’explique par le fait que les jeunes et le personnel ont été grandement sensibilisés au cours des dernières années à dénoncer tout acte de violence.
« On en voit de tous genres, explique le policier d’expérience. Ça peut être autant une balle de neige lancée avec l’intention de blesser qu’une attaque à la barre de fer. On essaie de faire comprendre aux jeunes que n’importe quel objet peut être une arme lorsqu’il est utilisé pour blesser. »
– Jean-Marc Schanzenbach, commandant responsable du dossier jeunesse au SPVM
PHOTO PIERRE-PAUL POULIN / LE JOURNAL DE MONTRÉAL / AGENCE QMI
Ce qu’on tente d’éviter à tout prix, c’est de tomber sur un jeune qui passe « de zéro à cent », explique le commandant Schanzenbach.
« Ce n’est pas normal d’arriver en secondaire 5 et de commettre une tentative de meurtre avec un couteau et que cet ado ait un dossier vierge. Il y a eu des signes avant-coureurs, c’est sûr », dit-il.
Écoutez l'entrevue avec André Gélinas, sergent-détective retraité du SPVM, qui parle de violence dans les écoles avec Richard Martineau via QUB radio :
Le souhait ultime, c’est que le jeune violent entre rapidement dans « le système » et que les mesures en place le dissuadent de récidiver et potentiellement d’augmenter son niveau de violence.
La bienveillance
« Le mot d’ordre, c’est bienveillance, dit-il. On a vu des situations où on a préféré ne pas dénoncer un geste pour ne pas nuire à l’enfant. Mais on tente de renverser cette mentalité-là, si on veut vraiment être bienveillant, on va rentrer ce jeune-là dans le système de justice, qui prévoit une gradation des conséquences. Quand on évite de l’inclure dans le système, on peut parfois lui nuire plus que d’autre chose. »
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’affluence des gangs de rue et leur popularité grandissante auprès des adolescents ne sont pas nécessairement à l’origine d’une grande partie des conflits violents, indique le SPVM. Les hostilités naissent souvent d’histoires plutôt banales, comme le plagiat et les histoires de cœur. Bien sûr, les réseaux sociaux sont encore et toujours un vecteur de conflit, et de nombreux comportements violents en résultent.
Agressions graves
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