Une chronique de Yves Boivert de La Presse (Forum)
Publié à 7 h 00
Pierre Boivert
La Presse
Après une semaine particulièrement pourrie pour Donald Trump, quoi de mieux qu’une bonne vieille attaque contre les médias ?
Le président a « banni » CNN, Politico et MS NOW de la Maison-Blanche vendredi1. Ce n’est que la dernière d’une longue série : poursuites contre des réseaux de télé réglées sous pression, poursuites contre de grands journaux, expulsion de médias indépendants du Pentagone, insultes répétées, menaces de suspension de licence, etc.
Tout cela est très sérieux et sans précédent, mais témoigne surtout de la rage du président à 45 jours des élections de mi-mandat, qui s’annoncent pénibles pour les républicains.
Une rage d’autant plus vive que ses plans pour perturber les élections en faveur des républicains, ou disons tricher légalement, ne fonctionnent pas très bien.
Le 10 septembre, la Cour suprême a rejeté la nouvelle carte électorale du Missouri, qui devait effacer un siège démocrate à majorité noire. Ce n’est pas grand-chose et les autres redécoupages dans une demi-douzaine d’États républicains permettront peut-être de leur faire gagner une dizaine de sièges.
Beaucoup plus important : quatre jours plus tard, la Cour suprême a annulé le décret de Trump pour prendre le contrôle du vote par correspondance. Une majorité de sept contre deux, dont les trois juges qu’il a lui-même nommés, a empêché cette tentative de faire « filtrer » les votes par le service postal fédéral. Le président était furieux.
Puis, mercredi, « son » nouveau président de la Réserve fédérale a annoncé une hausse des taux d’intérêt. La première en trois ans. Alors qu’il harcelait son prédécesseur Jerome Powell (nommé aussi par lui) parce qu’il refusait de les faire baisser.
Pourquoi cette hausse ? Parce que l’inflation est trop élevée. Et l’inflation est trop élevée pour deux raisons très claires : la guerre en Iran, entièrement décidée par Donald Trump ; et les droits de douane envers divers pays, dont le Canada, entièrement décidés par Donald Trump.
Les sondages le montrent : les Américains savent qui est responsable de ces décisions. Tout cela, facile à prévoir, annoncé par tous les économistes, est auto-infligé. D’où ce taux d’approbation misérable pour Trump. D’où ces sondages de plus en plus mauvais pour les républicains. D’où le fait que les candidats de son parti veulent son argent, mais pas sa face dans leurs publicités.
En plus des œufs, voilà que le financement des maisons va augmenter.
La règle dans cette administration est bien connue : malheur au républicain qui ne défend pas le président de manière absolue. Et mort à celui qui le contredit publiquement.
C’est ainsi qu’on voit son secrétaire au Commerce Howard Lutnick défendre la politique tarifaire arbitraire et prétendre que tout va bien. Mais à ses assistants qui lui demandent pourquoi il est opposé à ces droits de douane, Lutnick répond : « parce que j’ai réussi ma 3e secondaire ! »
Sauf que ceci est en train de changer. Quelques candidates ont maintenant plus peur de perdre leur siège que des représailles de Donald Trump.
Maria Elvira Salazar, représentante républicaine de Floride depuis trois mandats, est allée se planter devant la Maison-Blanche cette semaine pour faire une pub électorale.
« Les mêmes Hispaniques qui vous ont fait élire ici en 2024 se sentent trahis », dit-elle en anglais et en espagnol. « Vos politiques migratoires vont trop loin. En juillet, la moitié des 50 000 personnes détenues par l’agence de contrôle de l’immigration (ICE) n’avaient aucun dossier criminel. »
Que cette fidèle de Trump, réélue en 2024 avec 20 % de majorité, vienne littéralement sur son terrain pour critiquer aussi durement le président en dit long sur l’état du vote latino un peu partout aux États-Unis.
Ça en dit encore plus long sur l’anxiété électorale républicaine.
Et soudainement, la parole se libère un peu. Deux représentantes du très rouge État de l’Iowa, qui avaient soutenu la guerre en Iran et tout le programme de Donald Trump, ont voté cette semaine avec les démocrates contre les pouvoirs de guerre du président dans ce conflit. La guerre est très impopulaire et les agriculteurs majoritairement « rouges » trouvent que le diesel commence à coûter cher, sans parler du prix des engrais à base de potasse canadienne…
Trump, à défaut d’influencer l’opinion, peut-il encore entraver le vote ? Rappelons que les élections sont gérées par les États, et non par le gouvernement fédéral, contrairement à ce qui se passe au Canada. Les méthodes d’intervention de la Maison-Blanche sont donc limitées.
Personne ne croit sérieusement à l’hypothèse d’une « annulation » des élections. Quand Trump a commencé à envoyer des troupes à Los Angeles et Washington, certains, comme l’ancien conseiller de George W. Bush David Frum, ont avancé que ce serait peut-être une tactique pour annuler certaines élections localement – dans des villes démocrates. Le président aurait pu prétexter un état d’urgence pour que certains districts soient exclus du vote, ce qui aurait créé des vacances à la Chambre des représentants. À un mois et demi du vote du 3 novembre, ça ne semble pas se matérialiser.
L’interférence directe dans le vote par correspondance a échoué en Cour suprême cette semaine.
Il reste les pressions du département de la Justice, qui réclame les informations personnelles des électeurs de 30 États. Des poursuites ont été engagées, sous prétexte que ces États permettent le vote d’immigrants sans statut légal. On accorde peu de chances de succès à cette démarche, au-delà du fait que toutes les enquêtes n’ont jamais démontré une fraude électorale le moindrement significative impliquant des étrangers.
Se peut-il que Trump fasse envoyer dans des bureaux de vote des agents de l’ICE, comme il l’a laissé entendre ? Se peut-il qu’il déploie des agents du FBI dans certains lieux de vote ? Le directeur Kash Patel, fidèle serviteur du président, n’a pas voulu répondre à cette question.
Chose certaine, le président a déjà dit que si les démocrates l’emportent, ce sera parce qu’ils auront triché. On peut s’attendre à ce qu’il mette en doute le résultat s’il ne l’aime pas.
Mais aussi à ce qu’il déploie tout l’arsenal du département de la Justice, qui est dirigé par ses anciens avocats personnels, pour contester les résultats – comme il a échoué à le faire en 2020. C’est le scénario le plus probable.
Donald Trump réalise que l’entrave électorale est un art compliqué.
Mais il n’a pas dit son dernier mot.
N’oublions pas les règles de vie que l’avocat véreux Roy Cohn lui a enseignées : 1) attaque, attaque, attaque ; 2) ne jamais admettre, toujours nier ; 3) crier victoire, ne jamais reconnaître qu’on a perdu.
De toute sa vie, jamais il n’a admis une défaite. Il ne commencera pas à 80 ans.
![[image]](https://i.servimg.com/u/f84/10/06/79/32/lignes10.gif)
Qu'écrire de plus, tout est écrit dans cette chronique, que la grosse boursoufflure pathologique agit selon sa personnalité de babouin frustré. 
Il ne faut pas qu'il passe pour le midterm car s'il passe, il y aura deux ans d'enfer qui vont suivre. Tenez-le pour dit ! 
Dédé
Une chronique de Yves Boivert de La Presse
Publié à 7 h 00
Pierre Boivert
La PresseAprès une semaine particulièrement pourrie pour Donald Trump, quoi de mieux qu’une bonne vieille attaque contre les médias ?
Le président a « banni » CNN, Politico et MS NOW de la Maison-Blanche vendredi1. Ce n’est que la dernière d’une longue série : poursuites contre des réseaux de télé réglées sous pression, poursuites contre de grands journaux, expulsion de médias indépendants du Pentagone, insultes répétées, menaces de suspension de licence, etc.
Tout cela est très sérieux et sans précédent, mais témoigne surtout de la rage du président à 45 jours des élections de mi-mandat, qui s’annoncent pénibles pour les républicains.
Une rage d’autant plus vive que ses plans pour perturber les élections en faveur des républicains, ou disons tricher légalement, ne fonctionnent pas très bien.
Le 10 septembre, la Cour suprême a rejeté la nouvelle carte électorale du Missouri, qui devait effacer un siège démocrate à majorité noire. Ce n’est pas grand-chose et les autres redécoupages dans une demi-douzaine d’États républicains permettront peut-être de leur faire gagner une dizaine de sièges.
Beaucoup plus important : quatre jours plus tard, la Cour suprême a annulé le décret de Trump pour prendre le contrôle du vote par correspondance. Une majorité de sept contre deux, dont les trois juges qu’il a lui-même nommés, a empêché cette tentative de faire « filtrer » les votes par le service postal fédéral. Le président était furieux.
Puis, mercredi, « son » nouveau président de la Réserve fédérale a annoncé une hausse des taux d’intérêt. La première en trois ans. Alors qu’il harcelait son prédécesseur Jerome Powell (nommé aussi par lui) parce qu’il refusait de les faire baisser.
Pourquoi cette hausse ? Parce que l’inflation est trop élevée. Et l’inflation est trop élevée pour deux raisons très claires : la guerre en Iran, entièrement décidée par Donald Trump ; et les droits de douane envers divers pays, dont le Canada, entièrement décidés par Donald Trump.
Les sondages le montrent : les Américains savent qui est responsable de ces décisions. Tout cela, facile à prévoir, annoncé par tous les économistes, est auto-infligé. D’où ce taux d’approbation misérable pour Trump. D’où ces sondages de plus en plus mauvais pour les républicains. D’où le fait que les candidats de son parti veulent son argent, mais pas sa face dans leurs publicités.
En plus des œufs, voilà que le financement des maisons va augmenter.
La règle dans cette administration est bien connue : malheur au républicain qui ne défend pas le président de manière absolue. Et mort à celui qui le contredit publiquement.
C’est ainsi qu’on voit son secrétaire au Commerce Howard Lutnick défendre la politique tarifaire arbitraire et prétendre que tout va bien. Mais à ses assistants qui lui demandent pourquoi il est opposé à ces droits de douane, Lutnick répond : « parce que j’ai réussi ma 3e secondaire ! »
Sauf que ceci est en train de changer. Quelques candidates ont maintenant plus peur de perdre leur siège que des représailles de Donald Trump.
Maria Elvira Salazar, représentante républicaine de Floride depuis trois mandats, est allée se planter devant la Maison-Blanche cette semaine pour faire une pub électorale.
« Les mêmes Hispaniques qui vous ont fait élire ici en 2024 se sentent trahis », dit-elle en anglais et en espagnol. « Vos politiques migratoires vont trop loin. En juillet, la moitié des 50 000 personnes détenues par l’agence de contrôle de l’immigration (ICE) n’avaient aucun dossier criminel. »
Que cette fidèle de Trump, réélue en 2024 avec 20 % de majorité, vienne littéralement sur son terrain pour critiquer aussi durement le président en dit long sur l’état du vote latino un peu partout aux États-Unis.
Ça en dit encore plus long sur l’anxiété électorale républicaine.
Et soudainement, la parole se libère un peu. Deux représentantes du très rouge État de l’Iowa, qui avaient soutenu la guerre en Iran et tout le programme de Donald Trump, ont voté cette semaine avec les démocrates contre les pouvoirs de guerre du président dans ce conflit. La guerre est très impopulaire et les agriculteurs majoritairement « rouges » trouvent que le diesel commence à coûter cher, sans parler du prix des engrais à base de potasse canadienne…
Trump, à défaut d’influencer l’opinion, peut-il encore entraver le vote ? Rappelons que les élections sont gérées par les États, et non par le gouvernement fédéral, contrairement à ce qui se passe au Canada. Les méthodes d’intervention de la Maison-Blanche sont donc limitées.
Personne ne croit sérieusement à l’hypothèse d’une « annulation » des élections. Quand Trump a commencé à envoyer des troupes à Los Angeles et Washington, certains, comme l’ancien conseiller de George W. Bush David Frum, ont avancé que ce serait peut-être une tactique pour annuler certaines élections localement – dans des villes démocrates. Le président aurait pu prétexter un état d’urgence pour que certains districts soient exclus du vote, ce qui aurait créé des vacances à la Chambre des représentants. À un mois et demi du vote du 3 novembre, ça ne semble pas se matérialiser.
L’interférence directe dans le vote par correspondance a échoué en Cour suprême cette semaine.
Il reste les pressions du département de la Justice, qui réclame les informations personnelles des électeurs de 30 États. Des poursuites ont été engagées, sous prétexte que ces États permettent le vote d’immigrants sans statut légal. On accorde peu de chances de succès à cette démarche, au-delà du fait que toutes les enquêtes n’ont jamais démontré une fraude électorale le moindrement significative impliquant des étrangers.
Se peut-il que Trump fasse envoyer dans des bureaux de vote des agents de l’ICE, comme il l’a laissé entendre ? Se peut-il qu’il déploie des agents du FBI dans certains lieux de vote ? Le directeur Kash Patel, fidèle serviteur du président, n’a pas voulu répondre à cette question.
Chose certaine, le président a déjà dit que si les démocrates l’emportent, ce sera parce qu’ils auront triché. On peut s’attendre à ce qu’il mette en doute le résultat s’il ne l’aime pas.
Mais aussi à ce qu’il déploie tout l’arsenal du département de la Justice, qui est dirigé par ses anciens avocats personnels, pour contester les résultats – comme il a échoué à le faire en 2020. C’est le scénario le plus probable.
Donald Trump réalise que l’entrave électorale est un art compliqué.
Mais il n’a pas dit son dernier mot.
N’oublions pas les règles de vie que l’avocat véreux Roy Cohn lui a enseignées : 1) attaque, attaque, attaque ; 2) ne jamais admettre, toujours nier ; 3) crier victoire, ne jamais reconnaître qu’on a perdu.
De toute sa vie, jamais il n’a admis une défaite. Il ne commencera pas à 80 ans.
Qu'écrire de plus, tout est écrit dans cette chronique, que la grosse boursoufflure pathologique agit selon sa personnalité de babouin frustré.
Il ne faut pas qu'il passe pour le midterm car s'il passe, il y aura deux ans d'enfer qui vont suivre. Tenez-le pour dit !
Dédé
Sa tactique semble être d'intimider les États démocrates avec ICE sur place. Et il a déjà avertit que si certains États refusaient de poursuivre en cas de défaite, il sévirait contre les procureurs des ces États. Il y a aussi la possibilité de faire pression afin que celui qui fera la certification du résultat de Midterms ne le fasse pas. Mais il est évident qu'il y aura de la grosse marde qui va se brasser. Mais comme tu le dis, si les Républicains restent majoritaires à la Chambre et au Sénat, ce sera pire que l'enfer dans les 2 prochaines années.
![[image]](https://i84.servimg.com/u/f84/10/06/79/32/captu714.jpg)