Le cadre financier du PCQ, ce sont des chiffres biaisés ! (Forum)
Publié à 6 h 30
Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse
Dans leur cadre financier, les quatre principaux partis au Québec ont tous exagéré certains revenus ou triché avec certains chiffres pour financer leurs promesses électorales.
Mais aucun parti n’a poussé l’exercice aussi loin que le Parti conservateur du Québec (PCQ), qui a gonflé de façon importante ses prévisions de croissance économique.
Dans son cadre financier, le parti du chef Éric Duhaime estime afficher un surplus budgétaire de 1,9 milliard de dollars en 2030-2031.
Ce chiffre est trompeur.
Pour comparer équitablement les cadres financiers, j’ai recalculé les soldes budgétaires des cadres financiers des quatre principaux partis, en utilisant les mêmes règles budgétaires inspirées des recommandations de l’Association des économistes québécois et des bonnes pratiques budgétaires à Québec et à Ottawa.
En fait, j’ai ajusté les cadres financiers pour les présenter comme un budget. La croissance économique a été ramenée à celle du rapport préélectoral, on a annulé les effets dynamiques des baisses d’impôt et des futures décisions réglementaires, annulé les transferts fédéraux additionnels (aucune entente n’est conclue pour ces sommes), et ramené au même niveau l’écart à résorber (0 $ en 2030-2031) et la provision pour éventualité (1,5 milliard en 2030-2031). Il s’agit d’une méthodologie budgétaire très prudente : on ne veut pas de revenus incertains ou hypothétiques1.
Selon cette méthodologie basée sur la prudence, le PCQ présenterait plutôt un déficit budgétaire de 11,0 milliards de dollars en 2030-2031.
En guise de comparaison, en utilisant ces mêmes bonnes pratiques budgétaires prudentes, le cadre financier du Parti québécois présenterait un déficit budgétaire de 1,8 milliard en 2030-2031, celui du Parti libéral du Québec, un déficit de 2,0 milliards, et celui de la Coalition avenir Québec, un déficit de 3,9 milliards.
Le principal problème avec le cadre financier du PCQ : au lieu de s’en tenir aux prévisions de croissance économique du rapport préélectoral du ministère des Finances, le PCQ gonfle sa croissance économique. Il se calcule des revenus supplémentaires en raison de ses promesses de baisses d’impôt et du fardeau fiscal (+4,7 milliards de revenus en 2030-2031)2, de son projet de révision réglementaire (+5,4 milliards en 2030-2031), et de son intention d’abolir les barrières commerciales provinciales (+2,8 milliards en 2030-2031). Au total, ça fait 12,9 milliards de revenus supplémentaires en raison d’une supposée croissance économique potentielle.
Le Parti conservateur du Québec est en très fort désaccord avec mon analyse de son cadre financier. Il estime qu’on ne devrait pas appliquer ces bonnes pratiques budgétaires à un cadre financier d’un parti politique.
« Ce n’est pas un budget, c’est une projection de cinq ans », dit le candidat conservateur Adrien Pouliot, porte-parole du PCQ en économie.
« Je ne sais pas quelles sont les règles des budgets. Je ne sais pas pourquoi ils ne prennent pas [les effets dynamiques en compte], dit Adrien Pouliot. […] C’est peut-être de la prudence. Mais ce n’est pas conforme à la science économique. […] [À Ottawa], le Directeur parlementaire du budget les inclut [les effets comportementaux et dynamiques]. Vous devez absolument inclure les effets comportementaux. C’est reconnu dans la littérature économique. Je conviens que tout le monde n’est pas d’accord sur [l’ampleur de] l’impact, qu’on peut discuter du pourcentage des effets, mais ils existent. »
Selon les calculs du PCQ, ses baisses d’impôt pour les particuliers se paieront à 19 % par elles-mêmes en raison de la croissance économique (pour l’année 2030-2031), et ses baisses d’impôt pour les entreprises, à 25 %. « On ne dit pas que les baisses se paient toutes seules », dit Adrien Pouliot.
L’Association des économistes québécois recommande de ne pas inclure dans un cadre financier des revenus tirés d’une croissance économique anticipée en raison de baisses d’impôt.
L’ancien directeur parlementaire fédéral du budget, Yves Giroux, et le professeur de fiscalité de l’Université de Sherbrooke Antoine Genest-Grégoire estiment tous deux que dans le cadre d’un budget, le PCQ ne pourrait pas inclure ces revenus supplémentaires de 12,9 milliards, liés aux baisses d’impôt, à la réglementation et à l’abolition des barrières provinciales.
« Pour la croissance économique liée aux baisses d’impôt, on ne va pas l’inclure dans un budget parce que c’est trop difficile de distinguer les baisses d’impôt des autres éléments dans l’économie. Pour la croissance liée à la réglementation et aux barrières interprovinciales, ce serait aussi difficile d’inscrire un montant précis de revenus supplémentaires en l’absence de mesures très spécifiques », dit Yves Giroux, ex-directeur parlementaire fédéral du budget, ancien haut fonctionnaire au ministère des Finances du Canada et président de l’Association des économistes québécois.
« Des fois, on peut documenter [cette possibilité de croissance économique dans la discussion sur les prévisions économiques]. Mais ce n’est jamais inclus dans les budgets. On est très prudent en raison de l’incertitude [de ces potentiels revenus supplémentaires] », dit Antoine Genest-Grégoire.
Par exemple, à Ottawa, le gouvernement Carney poursuit les deux mêmes objectifs que le PCQ en matière de révision réglementaire et d’abolition des barrières commerciales provinciales. Dans son dernier budget, Ottawa n’a pas inscrit de revenus supplémentaires pour ces deux objectifs.
Tant à Ottawa qu’à Québec, le ministère des Finances utilise pour ses budgets des prévisions de croissance économique semblables à celles des économistes du secteur privé.
En campagne électorale, les partis politiques ne sont pas obligés de respecter ces bonnes pratiques budgétaires prudentes pour leur cadre financier. La plupart ne les suivent pas à 100 %. Mais j’ai rarement vu un cadre financier qui s’en écarte autant en matière d’impact budgétaire (un écart de 12,9 milliards par an) que le cadre financier du PCQ en 2026.
Autre problème méthodologique avec le cadre financier du PCQ : il calcule une hausse de la croissance économique quand il baissera les impôts des entreprises, mais pas de baisse de la croissance économique quand il réduira les subventions aux entreprises. Ça ne tient pas la route.
Il est possible que les baisses d’impôt favorisent à long terme la croissance économique au Québec. Si c’est le cas ou quand ce le sera, ça se reflétera à long terme dans les futures prévisions de croissance économique des économistes du secteur privé, sur lesquelles s’alignent généralement les gouvernements pour faire leurs budgets. Québec aurait alors une belle surprise – des revenus inattendus – dans quelques années.
Aucun cadre financier d’un parti n’est parfait. Mais il y a des limites à y écrire n’importe quoi. Des limites que le PCQ franchit malheureusement sans gêne.
1. Il s’agit de mes choix méthodologiques, dont j’assume l’entière responsabilité.
2. Il s’agit de 2,7 milliards pour les baisses d’impôt des particuliers, 414 millions pour l’abolition du Marché du carbone, 2,17 milliards pour les baisses d’impôt des entreprises, pour un total de 4,7 milliards.
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Donc, Duhaimagogue offre des chiffres erronés dans son cadre financier pour sa campagne électorale. L'art de jouer avec les chiffres pour biaiser l'électorat et sortir bien haut des chiffres pour redresser les états financiers du Québec. Méchant crisse de crosseur ! 
Pis y a du monde qui le croit et votera pour ce crisse de crosseur de poules mortes. Ça fait dur en osti ! 
Crisse qu'il y a des coucous au Québec. 
Dédé
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