Excalibur (1981) Bande Annonce (Forum)
par Jéromec, lundi 19 octobre 2026, 19:56 (il y a 22 heures, 15 minutes)
Du vrai cinéma!
Excalibur (1981) Bande Annonce
De John Boorman. Avec Nigel Terry, Helen Mirren, Nicholas Clay, Cherie Lunghi, Gabriel Byrne, Liam Neeson, Corin Redgrave
Excalibur l'analyse
par Jéromec, lundi 19 octobre 2026, 19:59 (il y a 22 heures, 13 minutes) @ Jéromec
Réflexion sur Excalibur (1981) de John BoormanExcalibur est l’une des adaptations les plus ambitieuses, viscérales et mythiques de la légende arthurienne jamais portées à l’écran. S’inspirant librement de Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, Boorman ne se contente pas de raconter une histoire de chevaliers : il plonge dans le mythe comme dans un rêve archétypal, opulent, sanglant et profondément symbolique.Une vision opératique et primitiveLe film commence dans la violence et la magie brutes : Uther Pendragon (Gabriel Byrne), animé d’une convoitise presque bestiale, obtient Excalibur grâce à Merlin (Nicol Williamson, absolument magnétique dans son mélange de sagesse ironique, de farce et de détachement cosmique).
La scène du « Dragon’s Breath » reste inoubliable : la nature elle-même semble participer au désir et à la trahison. Boorman filme le Moyen Âge comme un monde primitif, où l’armure brille d’un éclat surnaturel, où la forêt est vivante, où le sang et la terre se mêlent.La photographie d’Alex Thomson (nominée aux Oscars) baigne tout dans des verts émeraude, des ors et des brumes irlandaises. Les armures scintillent comme des bijoux, les casques ont des airs de masques rituels. C’est un univers à la fois féerique et sale, sublime et corporel.
La musique — Wagner (Siegfried, Tristan und Isolde, Parsifal), Carl Orff (Carmina Burana) et la partition de Trevor Jones — amplifie cette dimension opératique. On a parfois l’impression d’assister à un Ring wagnerien médiéval.Thèmes majeurs : le pouvoir, la faute et la quêteAu cœur du film se trouve Excalibur elle-même, symbole du pouvoir légitime, de l’unité du royaume et de l’harmonie entre l’homme et la terre. Quand Arthur (Nigel Terry, excellent dans sa progression du jeune naïf au roi brisé puis regeneré) tire l’épée du rocher, il devient le « Once and Future King ». Mais le pouvoir corrompt et se fracture : le triangle Arthur–Guenièvre–Lancelot, la naissance incestueuse de Mordred avec Morgane (Helen Mirren, impériale et inquiétante), la quête du Graal…Boorman insiste sur le cycle de la faute et de la rédemption. Camelot n’est pas un âge d’or idyllique ; c’est un équilibre précaire, miné dès le départ par le désir et la trahison. La quête du Graal devient une entreprise de purification intérieure : seul Perceval, humble et pure d’intention, peut le trouver. Le film dit quelque chose de très fort : la royauté et la civilisation ne se maintiennent pas par la force seule, mais par une forme de grâce, de sacrifice et de reconnexion avec le sacré.Merlin incarne parfaitement cette sagesse ambiguë. Il guide, manipule, se moque, et finit par être emprisonné dans le temps par Morgane. Sa célèbre phrase « The days of our kind are numbered… The one God comes to drive out the many gods » annonce la fin de l’âge magique et l’avènement d’un monde plus rationnel (et peut-être plus pauvre).Forces et limitesForces : Une beauté visuelle rare, presque picturale.
Des moments d’une puissance pure (le tirage de l’épée, la chevauchée de Lancelot, la dernière bataille dans le brouillard, le retour d’Arthur « as the land is one again »).
Une distribution forte (Helen Mirren, Nicol Williamson, et de futurs grands comme Liam Neeson, Patrick Stewart, Ciarán Hinds).
Une fidélité à l’esprit du mythe plus qu’à la lettre : Boorman condense toute la légende en un arc tragique cohérent.
Limites :
Le rythme est parfois précipité (trop d’événements en 140 minutes), certains personnages restent archétypaux, et le film a été critiqué à sa sortie pour son mélange de sérieux mythique et de surexposition sensuelle/violente. Aujourd’hui, ces excès font partie de son charme unique : c’est un film qui n’a pas peur d’être excessif, théâtral, presque baroque.Pourquoi il reste fascinantPlus de quarante ans après, Excalibur continue de frapper parce qu’il traite le mythe arthurien non comme un conte pour enfants ou un spectacle d’aventure, mais comme un rêve collectif sur le pouvoir, la sexualité, la mort et la possibilité d’un ordre juste. Il a influencé toute une génération de fantasy visuelle (on pense parfois à The Lord of the Rings de Jackson ou à certaines images de Game of Thrones).C’est un film qui demande à être vu grand écran (ou au moins dans de bonnes conditions), pour se laisser emporter par sa fureur lyrique et sa mélancolie. Comme Merlin le dit à sa façon : le dragon dort, mais il n’est jamais tout à fait mort. Excalibur réveille ce dragon.Une œuvre imparfaite, mais d’une beauté et d’une ambition rares.